Lettre à M. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU

Cher monsieur Ban Ki-moon,

En ce début juillet 2010, Dieu, qu’elle semble loin cette planète mixte tant souhaitée! Les récents G8 et G20 ont, une fois de plus, affiché un leadership mondial insolemment masculin. Puis, pour donner le ton des préoccupations politico-sociales de l’heure: l’évocation très sérieuse d’États généraux du football, en France, et d’États généraux du hockey, au Québec. Enfin, depuis des mois, le cosmos sportif mâle occupe près du tiers des pages de nos journaux et du temps d’antenne de nos médias électroniques. Des hommes partout. Les femmes seraient-elles définitivement et universellement reléguées au rôle de spectatrice de la vie sur cette planète ?

Ce n’est pas ce que l’on dit à l’ONU. Notamment par le biais du 3e Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD), vous en appelez à tous les dirigeants pour instituer l’égalité de fait entre les femmes et les hommes.

La poule ou l’œuf…

Monsieur le secrétaire général de l’ONU, vous en conviendrez, la question inextricable de la poule et de l’œuf se pose en matière de partage du pouvoir entre les sexes. L’œuf. Faut-il voir les OMD comme des outils qui, en aval de la réduction de la pauvreté, de la maladie, de la corruption et de l’analphabétisme, entraîneront l’empowerment des femmes? La poule. Ne vaudrait-il pas mieux inverser l’équation et voir l’accès des femmes à tous les postes décisionnels en amont des problématiques, c’est-à-dire non comme une conséquence du progrès mais comme une clé de changement?

… et le coq

Quant au coq, indispensable à la fécondation de l’œuf, comme à la ferme, sur les tribunes du pouvoir, sans lui, rien ne se fera. L’œuf non fécondé de l’égalité citoyenne restera dans le nid. Les dirigeants actuels, mâles en majorité, ont le devoir d’ensemencer sans attendre le modus vivendi politique qui incitera les femmes à prendre la place qui leur revient. Cela ne se fera pas que par des discours. Il faudra des mesures de soutien, des accompagnements et des changements de culture.

Bien sûr, la situation n’est pas la même partout. Toutefois sans une volonté politique forte et universelle, la femme restera l’exception dans les instances décisionnelles… et les orientations mondiales continueront à oblitérer l’approche et l’expérience de la moitié des humains.

Cette exhortation à mettre l’égalité citoyenne et politique des femmes en pierre d’assise des huit OMD, elle me semble l’une des voies d’accélération des progrès que vous dites souhaiter.

Je vous fais cette proposition au nom de toutes les femmes de la planète qui rongent leurs freins devant un monde dont la réelle mixité tarde à se manifester au niveau de la gouvernance.

Lors du prochain Sommet de New York, en septembre prochain, pourquoi ne pas envisager la priorisation de ce qui n’est officiellement qu’un alinéa du 3e OMD.

À votre disposition pour imaginer des moyens concrets à mettre en oeuvre.

Salutations distinguées,

Élaine Hémond

Québec