Passer de l’arithmétique à la chimie

Ras-le-bol des calculs d’apothicaires pour définir combien de femmes et d’hommes siégeront ici ou là. Écœurée de la donne soi-disant égalitaire qui, malgré un nombre semblable de présences, attribue encore généralement aux femmes les cartes mineures aux instances du pouvoir. Déçue que trop de femmes exceptionnelles acceptent encore les rôles de second violon ou même de choristes là où se décide le sort des sociétés. Frustrée que, malgré l’accompagnement au développement du leadership des femmes, bon nombre se contentent, voire se réjouissent, d’être choisies par des hommes pour répliquer leur approche et lui donner une voix féminine.

Malgré quelques instances paritaires, en dépit de l’inclusion de plus en plus de femmes dans les conseils d’administration et bureaux de direction de tout acabit, nonobstant les discours égalitaires de notre société, comment se fait-il que le pouvoir se conjugue encore et toujours exclusivement suivant le mode masculine?

Comment se fait-il que la politique soit toujours une arène? Comment expliquer que les négociations syndicales soient des luttes à finir? Comment se fait-il que même en éducation ont priorise ouvertement la formation d’acteurs économiques sur celle d’humains équilibrés et socialement pertinents? Comment expliquer que les finances publiques soient gérées suivant la logique des stratégies guerrières – « je te fournis des armes, tu me réserves un territoire ». Pourquoi les règles des matchs de hockey sont-elles transposées à la vie publique? Déjouer l’adversaire pour marquer des buts a-t-il quelque chose à voir avec la finalité de l’exercice démocratique? Envoyer dans les câbles un opposant est-il aussi valorisant qu’on semble le croire? Accepter l’omerta ou la loi du silence lorsque l’on voit clairement s’organiser des pratiques douteuses dans son clan politique ou son organisme, est-ce dans la tradition des femmes?

La recette égalitaire actuelle ressemble à celle du pâté de merle corse. Moitié-moitié : un merle – un bourricot.

En 2012-2013, au Québec notamment, les femmes ont tort de se cantonner dans une lutte pour l’égalitarisme numérique. Ce faisant, elles cautionnent le modus vivendi masculin du leadership… actuellement plus que questionnable.

Comme Monique Forget, je crois que si le plafond de verre reste un obstacle au pouvoir des femmes, il ne doit pas masquer ce qu’elle appelle le plancher collant. Tant que les femmes accédant aux hautes fonctions se retrouveront les deux pieds englués dans les traditions masculines du pouvoir et de la gestion, la mixité restera un mythe urbain. Des exemples européens peuvent nous inspirer. Ainsi, en donnant à leurs dirigeantes plus qu’un siège et un titre, mais une voix, leur propre voix, des entreprises européennes ont notamment atteint des résultats économiques impressionnants.

Le principal ennemi de la créativité est la pensée unique. Et la pensée unique, n’est-ce pas ce à quoi nous assistons actuellement sur les plans politique, médiatique, voire éthique. La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. – Albert Einstein.

Je reste inconditionnellement optimiste. Après avoir milité des années pour la parité numérique, je mets actuellement mes espoirs et mes énergies sur la nécessité que les traditions et approches des femmes et des hommes se fécondent sur tous les plans. Après le féminisme, parlera-t-on enfin de mixisme ?